Découverte un matin de 1917, Henri Matisse n’envisageait qu’une brève étape sur la Côte d’Azur. Il y passera plus de 35 ans de sa vie, comblé par une lumière et un territoire unique. Il s’en émerveillait inlassablement. Et, c’est au printemps 1943, redoutant les bombardements alliés sur Nice, qu’il reculera d’une vingtaine de kilomètres, louant la « Villa Le Rêve » à Vence, en compagnie de Lydia Delectorskaya. Elle était sa secrétaire, son modèle, son assistante, mais également sa muse. Raymond Escholier écrira d’elle « La grande inspiratrice du maître, par sa splendeur plastique, par la beauté et l’expression de son visage, et aussi par son intelligence et son esprit, demeure Lydia Delectorskaya ».



Ils resteront à Vence six ans, touchés par le charme de la demeure, avec son dédale de pièces désuètes, sa terrasse, ses fleurs, « ses beaux panaches de palmiers qui remplissent les fenêtres » et son jardin gorgé de lumière. Matisse avait emporté à Vence sa collection d’objets sans lesquels il ne pouvait créer : jarres, vases, tables et chaises, coquillages, tapis, textiles… que l’on retrouve dans ses peintures et dans ses dessins. Un charmant désordre régnait dans la villa enfouie dans une nature chatoyante au travers de laquelle se découpe la cité médiévale et les collines qui s’écoulent doucement vers la Méditerranée. « Villa le Rêve », un endroit au nom idéal.

La Chapelle du Rosaire à Vence

À cette époque, Matisse était déjà gravement malade, âgé de plus de soixante-dix ans, Lydia décide alors d’engager Monique Bourgeois, une jeune fille pauvre, orpheline de père, pour veiller sur les nuits de Matisse. À son tour, elle deviendra son infirmière, son modèle et sa muse. Entre elle et Matisse se tisse une tendre complicité. À Louis Aragon qui lui demandait son opinion sur son modèle, Matisse répondit: « C’est le foyer de mon énergie ». L’aventure prend un tour inattendu le jour où Monique Bourgeois donne à Matisse un rival redoutable : DIEU. La jeune fille va entrer dans les ordres de Saint-Dominique, prenant le voile sous le nom de Sœur Jacques-Marie. Matisse la regrette. Toutefois, elle viendra lui rendre visite souvent. En Août 1947, elle lui soumet un dessin de vitrail qu’elle voudrait voir exécuter pour la chapelle en ruine du couvent des dominicaines, située à quelques mètres de la « Villa le Rêve ». Au bout de quelque temps, il lui annonce qu’il réalisera lui-même non seulement le vitrail, mais la chapelle entière. Commencée en 1948, l’énorme entreprise s’achève en 1952 : Matisse a 82 ans. La Chapelle du Rosaire sera offerte aux sœurs dominicaines. Pour la première fois, un peintre réalise un monument dans sa totalité, de l’architecture au mobilier en passant par les vitraux.

Cette réalisation est son testament spirituel. Une œuvre majeure, dont il aimait à dire qu’elle était son chef-d’œuvre « malgré toutes ses imperfections », un lieu dont la visite emplit d’émotion. Son unique œuvre monumentale, connue dans le monde entier sous le nom de Chapelle Matisse.


DANS L’ESPRIT DE MATISSE

C’est ce lieu d’intense activité créatrice que le CENTRE DE RECHERCHE INTERNATIONAL SUR LES ARTS ET LA CRÉATION « Villa Le Rêve » souhaite faire vivre au XXIème siècle. Nous voulons y faire renaître ce que nous appelons « L’esprit de Matisse », c’est-à-dire cet esprit créateur et défricheur qui le caractérisa tout au long de sa vie d’artiste, et faire de Vence un centre de création contemporaine, de recherche scientifique, de médiations par les arts et d’interactions culturelles avec les citoyens.

Nous souhaitons mettre en œuvre « un univers de création » où l’art et la recherche se retrouvent en lieu international pour un vrai projet de développement du territoire.